| lecture | Architecture romane dans la région des Pouilles (Italie du Sud) |
| extrait du livre "Art Roman, architecture - sculpture - peinture". Editions Könemann 1997 | |
| Direction d'ouvrage par Rolf Toman, photographies de Achim Bendroz |
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La Pouille (./..) En s’éloignant beaucoup plus vers le sud et vers le sud et vers l’est de la péninsule italienne jusqu’à la côte Adriatique, on relève d’autres influences d’origine byzantine. L’église conventuelle Ognissanti di Cuti, près de Valenzano, dans la Pouille, date du XIe siècle. Comme Sant’Eufemia à Spolète et beaucoup d’autres églises des premiers temps de la période romane, elle se termine par une abside en trois parties, mais les trois avancées carrées de la ligne de faîte de la nef principale indiquent une répartition différente de l’espace à l’intérieur de l’église. Trois coupoles audacieuses se dressent au-dessus de grands piliers et de pendentifs, structurant l’intérieur comme à San Marco, à Venise, et dans les églises paléochrétiennes et byzantines qui servirent de modèles. Cependant, comme cela s’est fréquemment produit, des exemples régionaux situés beaucoup plus près ont dû également inspirer les architectes : il s’agit de ces constructions de forme conique ou trulli, édifices utilitaires typiques que l’on trouve dans la région depuis la période étrusque. On observe des formes de coupole analogues dans l’octogone à plan centré de l’église Santa Caterina, près de Conversano, construite au XIIe siècle suivant le plan quatre-feuilles caractéristique des églises syriennes. |
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Bari (Pouille), San Nicola. Commencée en 1089.Vue du Nord-ouest et plan schématique. |
| La plus ancienne église monumentale de la région, San Nicola à Bari, édifiée autour de 1089, trahit une conception plus lombarde que byzantine avec des tendances pisanes et florentines dans le plan d’ensemble et dans les détails de l’intérieur. Si des influences si nordiques ont pu arriver jusqu’au fin fond de l’Italie, c’est grâce à la présence de la mer qui permettait des liaisons rapides entre des zones aussi distantes que les vallées du Pô et de l’Arno. En effet, les maîtres d’œuvre de San Nicola de Bari étaient certainement des Normands. Ces " hommes du Nord " débarquèrent sur la côte de l’Apulie vers 1041. En 1059, le Normand Robert Guiscard fut sacré duc d’Apulie et de Calabre. Ses sujets étendirent leurs territoires jusqu’à la Sicile qu’ils occupèrent vers 1063. Mais leur origine franco-normande se ressent très peu dans leur architecture apulienne et sicilienne. En 1089, ils entreprirent la construction d une église dédiée à saint Nicolas, adoptant pour la façade la division tripartite des églises lombardes comme San Zeno à Vérone ou encore comme la cathédrale de Modène. En revanche, les proportions verticales, les toits pentus et les deux tours latérales la rattachent aux formes de tours, aux ouvrages occidentaux et aux grands narthex des églises normandes comme celles de Jumièges, du Mont-Saint-Michel et de Caen, toutes datées du milieu du XIe siècle. C’est à l’intérieur de San Nicola que l’influence toscane se fait nettement sentir : le jubé monumental, les piliers de soutènement, les structures de rythme ternaire, les triforiums et le clair-étage se réfèrent directement à San Miniato et à la cathédrale de Pise. | |
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Cathédrale de Trani, commencée en 1089. |
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Bitonto (Pouille), cathédrale San Valentino. Commencée après 1175. Vue du sud-ouest. |
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La cathédrale de Trani (commencée en 1098) et celle
de Bitonto (entreprise après 1175), comportent suffisamment d’analogies
avec la basilique San Nicola pour laisser penser qu’une école
d’architecture apulienne se développa à Bari. Ces deux églises sont
dépourvues des tours doubles que l’on peut voir à Bari. Bien que la tour
très élancée de Trani s’aligne presque sur le même plan que la façade,
elle se dresse comme une construction séparée au-dessus de l’arcade du
rez-de-chaussée. La façade occidentale s’éloigne toutefois de l’exemple de Bari en offrant une surface murale plane, sans le renforcement des pilastres qui, à Bari et à Bitonto, scandent la composition en trois panneaux des façades. La seule structure rythmique est constituée par l’entrée de l’église, où une version comprimée et large du porche toscan encadre trois portails de sa masse aplatie, au-dessus d’un double escalier impressionnant. La composition à une seule tour de Trani est particulièrement bien adaptée au site : ce campanile n’est contrebalancé que par la mer Adriatique qui reflète dans son bleu azur la pierre blanche lumineuse et les proportions élégantes de l’église. Le mélange harmonieux de similitudes et de différences entre l’architecture de Trani et celle de San Nicola de Bari se retrouve dans leurs cultes. Si la cathédrale de Trani est également consacrée à saint Nicolas, il s’agit d’un autre saint que celui de Bari. Le saint patron de Trani était un jeune pèlerin grec qui se rendit auprès de tous les sites sacrés de Grèce, de Dalmatie et de la côte adriatique italienne en portant une croix sur ses épaules et en chantant le " Kyrie Eleison ". Il mourut non loin de Santa Maria, la première cathédrale de Trani. La sanctification de ce jeune pèlerin, en 1094, amena l’archevêque Bisanzio à fonder une nouvelle église sur le site de la précédente cathédrale datant du IXe siècle. Sous l’ensemble de ce complexe, les Tranisiens aménagèrent une nouvelle crypte immense, sans doute à l’origine des doubles églises qui apparurent plus tard, comme San Francesco à Assise, qui partageait avec San Nicola de Trani la nécessité d’accueillir un grand nombre de pèlerins sans troubler les offices divins. L’immense transept vertical, avec ses grandes absides extérieures s’élevant le long des deux étages intérieurs, relie symboliquement la nef et la crypte à l’ancien et au nouveau culte de l’église. Au centre de la façade de la croisée du transept, les énormes rosaces gothiques du XIIIe siècle apportent leur lumière à la fois au sacrifice de l’Eucharistie et au pèlerinage vers les reliques du saint, symboles de mort et de rédemption. |
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Troia (Pouille), cathédrale. Commencée en 1093. Façade occidentale. |
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La cathédrale de Troia, commencée juste avant celle de Trani, en 1093,
par l’évêque Girardo, affirme clairement son indépendance par rapport à
l’école de Bari. Contrairement aux cathédrales de Trani et de Bari,
celle de Troia se distingue par de larges proportions et par une façade
d’arcades aveugles ponctuées par des motifs décoratifs à l’intérieur des
arcs. Ils sont empruntés à l’architecture romane toscane, et plus
particulièrement aux élévations de la cathédrale de Pise et datent de
1063 à 1108 environ. L’année d’achèvement des travaux correspond à peu
près à la deuxième grande phase de construction de Troia, entre 1106 et
1119, lorsque l’évêque Guglielmo II compléta la majeure partie de
l’église. Les incrustations d’ornements pisans en forme de cercles et de
losanges, à l’intérieur des arcades aveugles, datent de l’une de ces
deux premières campagnes de construction. Les relations que la ville entretint avec la Toscane à la fin du XIe siècle et au début du XIIe siècle, s’expliquent par le statut politique de Troia, qui dépendait directement de Saint-Pierre à Rome et dont la plus puissante alliée sur la péninsule italienne à cette époque était justement la comtesse de Toscane, Mathilde de Canossa. Troia adopta ces motifs ornementaux soit par l’intermédiaire des architectes locaux qui se rendirent directement auprès des monuments de l’époque de Mathilde, à Pise, Florence, Pistoia, Lucques et même Modène, soit par le contact avec des artistes toscans à l’occasion des pèlerinages ou de la première croisade qui partit de cette région en 1096-1097. On pencherait plutôt pour cette seconde hypothèse, si l’on considère les autres éléments toscans que comporte l’intérieur de l’église San Nicola de Bari. L’exposition, bien en évidence sur la façade principale de la cathédrale de Troia, de motifs empruntés à la lointaine Toscane, souligne à quel point le caractère unique de la religion et de la politique apuliennes importait aux évêques qui bâtirent la cathédrale et résidèrent sur son site. (./...) |
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Extrait du livre "Art Roman",
éditions Könemann Verlagsgesellschaft mbH, Bonner Strasse 126, D - 50968
Cologne. Rédaction et production : Rolf Toman, Espéranza Birgit Beyer, Angelika Gundermann, Cologne. Photographies : Achim Bendroz, Klaus Frahm, Sally Bald. 1997 pour l'édition française, traduction française : Joëlle Ribas, Nicole Stephan-Gabinel, Jacques Vaccaro ISBN 3-89508-448-4 |
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