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Historique
Géographiquement sise à l’extrême Sud-Est de la péninsule, avec ses
longues bandes côtières, la région favorise depuis les temps les plus
reculés l’immigration de peuples provenant de la péninsule balkanique et
des îles grecques. Des fouilles ont prouvé que la région était déjà
habitée au IIIe millénaire par une population provenant d’lllyrie, soit de
la partie Nord des Balkans formée actuellement par l’ex-Yougoslavie et
l’Albanie - et de même souche que celle qui s’installe alors en Vénétie.
Des colonies grecques à la domination romaine La colonisation par les
Grecs se fait en plusieurs phases : entre le XIX et le XVI av. J.-C., une
importante population s’installe, puis vers le XV-Xlle siècles les
Mycéniens. Les deux cultures se côtoient les 4 siècles suivant, toutefois
le caractère agraire des indigènes ne permet pas la fusion de ces deux
peuples. La Pouille entre vraiment dans l’histoire à la fin du Vllle
siècle, avec l’arrivée de population de Sparte et de Laconie qui fonde les
villes de Gallipoli et de Tarente, centre alors le plus important des
Pouilles. La population locale résiste aux influences helléniques. Pour
preuve sa céramique à décoration géométrique avec des formes très
particulières (les trozzelle), son culte des morts et également sa langue
osque, malgré l’utilisation de l’alphabet grec. De nombreuses luttes
opposent la population locale aux nouvelles citées de Tarente et de
Gallipoli. (musée de Tarente : témoignages de la Grande Grèce). Seule la
domination romaine mot un terme aux tensions qui opposent les cités
messapiennes (origine autochtone) à la colonie grecque de Tarente. Malgré
l’aide de Pyrrhus, roi de l’Epire, la ville de
Tarente doit céder, elle
est en possession romaine dès 272 av JC. En 304, à la fin de la deuxième
guerre samnite (Campanie), les Romains sont désormais entrés dans les
Pouilles. A partir de cette nouvelle appartenance, les habitants des
Pouilles s’unissent et se latinisent. La région profite en particulier des
richesses de l’Empire et partage son évolution. En particulier, le
christianisme fait tôt son apparition soit dès le llle siècle. A la chute
de l’Empire romain d’Occident en 476, la région reste stable grâce aux
nombreux sièges religieux établis (les deux voies que sont l’Apienne et la
Trajane / amphithéâtre de Lecce).
De la fin de l’époque romaine à la
domination byzantine (IX s.)
C’est le début d’une longue période
d’adversité durant laquelle s’affrontent des peuplades de Germanie et des
Goths. La paix retrouvée grâce à la victoire byzantine (fin de la Guerre byzantino-gothique de 535 à 553) n’est que de courte durée. L’année 568
marque le début de l’invasion lombarde qui va faire perdre à l’Empire
byzantin la plus grande partie de l’ltalie conquise les décennies
précédentes. Les Lombards conquièrent presque l’ensemble du territoire des
Pouilles. (590) Seule la partie extrême du Salento reste aux mains
orientales, soit Gallipoli et Otrente. Les communications maritimes avec
l’Orient sont alors presque totalement interrompues. Terre de mélange, Les
Pouilles voient l’arrivée des Sarrasins qui dès 827 atteignent les côtes
de la Sicile. Au milieu du siècle ils s’installent à Tarente et à Bari.
(Bari devient un émirat entre 847 et 871). Domination byzantine (875-1071) Bari est le grand centre byzantin en Occident jusqu’à l’arrivée du Normand
Robert Guiscard en 1071. L’administration byzantine rend à nouveau la
région florissante pour les 2 siècles suivants. De nombreuses communautés
s’y établissent, entre autres une importante présence juive. Terre de
fusion culturelle artistique et religieuse romano-germano-byzantine, on y
trouve un clergé pratiquant le rite latin protégé par Rome et un autre
grec de pratique byzantine. Les moines bénédictins fondent de nombreux
couvents dans la région et des religieux de rite byzantin contribuent à la
construction de grottes cénobites creusées à même le rocher, dont les
parois sont décorées de fresques. Cette architecture en négatif - ces
grottes, sont particulièrement nombreuses entre Tarente et Bari ; elles
dénotent non seulement de la forte influence byzantine mais également de
la réaction contre le pouvoir de Rome. Domination
normande (1071-1229)
Au Xle siècle l’Italie du Sud byzantine et la Sicile sont dominées par les
Normands. La prise de Bari en 1071 marque la fin de la domination
byzantine en Italie. On assiste alors à la renaissance des cités côtières
grâce aux relations maritimes qui s’établissent avec
Venise, Amalfi, la
côte dalmate et également les ports du Levant. Ce mouvement ne fait que
s’accentuer les siècles suivant avec les Croisades dont la Pouille
constitue le passage obligé. Cette période
culturellement très riche avec
une réorganisation totale de la vie politique et religieuse voit la
construction de grandes cathédrales romanes comme à Bari, Canosa, Siponto, Trani et au Mont Sant’Angelo. (certaines églises restent néanmoins
dirigées par des archevêques de Byzance. Cf.
Trani)
Domination souabe
(1229-1282) La période souabe, en particulier sous le règne de Frédéric Il
(1220-1250) est l’âge d’or de la Pouille qui connaît un grand essor
économique et artistique. L’activité de Frédéric II est particulièrement
visible dans les protections des villes (Altamura où il regroupe sous les
mêmes murs des populations latines, grecques et juives), et la
construction de châteaux (Bari, Trani).
La cour de Frédéric II est pour quelques décennies un pôle d’attraction
pour des ’artistes’ provenant de cultures diverses. Cette hétérogénéité
est particulièrement féconde au
Castel del Monte (lieu de réunion des
constructeurs des Pouilles, des sciences mathématiques des Arabes et des
Cisterciens, de l’art décoratif sarrasin et du savoir de sculpteurs
gothiques). La production sculptée est également un domaine qui atteint un
très haut niveau : (Musées) chapiteau, corniche, trône d’évêque et pupitre
de chaire Siponto, Monte, Sant’Angelo, Canosa)
Domination angevine (1282-1442) A l’arrivée des ducs d’Anjou, une
petite colonie provençale s’y installe. Il reste quelques traces de sa
présence dans certains dialectes. Mais les influences encore fortement byzantino-normandes démontrent d’une continuité d’avec la période
précédente.
Période aragonaise (1442-1587)
Avec la domination des Aragonais (1442) la situation politique se
dégrade. Les châteaux conservent les traces les plus visibles de cette
domination partagée entre le goût du faste et la nécessité d’une défense
efficace. La culture des Pouilles se tourne dès lors du côté de Naples et
de l’Italie centrale.
Domination espagnole (1557-1707) Durant la domination espagnole, le pays connaît les iniquités des
latifundii, mais également la construction de palais renaissants, comme à
Andrià, Ruvo, Spada. Quand au goût pictural, il est tourné vers Venise (Antonello
da Messina est le seul artiste du Sud à connaître une carrière dans toute
l’Italie actuelle et peut-être que ses nombreux voyages en particulier à
Venise ont favorisé ces contacts. (toiles des Vivarini, Bellini, puis des
maniéristes comme Tintoretto et Véronèse). Au XVlle siècle, la région
compte beaucoup de familles proches de la cour napolitaine. Le goût va au
caravagisme et également à son opposé beaucoup plus classicisant. Bari
tient un rôle mineur, tandis que l’art baroque explose à Lecce. Il y est
tellement original que l’adjectif baroque ’leccese’ en devient nécessaire.
C’est plus qu’un style, c’est un phénomène vaste qui touche la cité et
tous les arts. Le coup d’envoi est donné par des évêques, dont Pappacoda,
promoteur du complexe de la cathédrale et de l’êvêché, Mais les grands
ordres issus de la Contre-Réforme tels que les Célestins et les Jésuites
ne sont pas en reste. La bourgeoisie locale suit également le mouvement
pour les grands palais de la ville. C’est à cette époque que naît
notamment le métier artisanal de la CARTAPESTA, littéralement le papier
écrasé. Afin de façonner des décorations, personnages et masques destinés
à l’ornementation religieuse principalement.
Parenthèse autrichienne (1701-1738) La région passe aux mains des
Autrichiens, sans qu’il n’y ait de conséquences importantes.
Bourbons
d’Espagne (1738-1860) Le trône du royaume de Naples et des Deux-Siciles
passe aux Bourbons d’Espagne (sauf pendant la parenthèse française de
l’époque napoléonienne, 1805-1815) jusqu’à l’expédition de Garibaldi et à
l’unification italienne. Les villes connaissent un lent et nostalgique
déclin. Seules quelques constructions lyriques prouvent la volonté de la
bourgeoisie locale ( Bari, le Petruzzelli)
XXe siècle En 1860, les poussées
du Risorgimento mènent la population à voter à l’unanimité l’union avec
l’Italie. La fin du XIXe siècle et le début du Xxe siècle sont marqués par
un ‘méridionalisme’ mené par une élite culturelle d’économistes, de
philosophes, de politiciens qui tentent d’affirmer l’identité de la
région. L’époque fasciste connaît également de vaines tentatives pour
faire de la région un pôle économique dans le cadre d’une politique
d’expansion nationale. Mais il faut attendre 1950 et la réforme agraire
pour que naisse la Regione Puglia. L’art suit aussi le mouvement général
et dès la 2e Guerre mondiale, le centre est Naples (ou mieux
encore Rome).
Catherine Schaller, historienne 2004
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