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ECOLE ATHENAEUM, Architecture & Design
voyage d'études dans les Pouilles (sud de l'Italie), mars 2004

 
Historique

Géographiquement sise à l’extrême Sud-Est de la péninsule, avec ses longues bandes côtières, la région favorise depuis les temps les plus reculés l’immigration de peuples provenant de la péninsule balkanique et des îles grecques.
Des fouilles ont prouvé que la région était déjà habitée au IIIe millénaire par une population provenant d’lllyrie, soit de la partie Nord des Balkans formée actuellement par l’ex-Yougoslavie et l’Albanie - et de même souche que celle qui s’installe alors en Vénétie.

Des colonies grecques à la domination romaine
La colonisation par les Grecs se fait en plusieurs phases : entre le XIX et le XVI av. J.-C., une importante population s’installe, puis vers le XV-Xlle siècles les Mycéniens. Les deux cultures se côtoient les 4 siècles suivant, toutefois le caractère agraire des indigènes ne permet pas la fusion de ces deux peuples.
La Pouille entre vraiment dans l’histoire à la fin du Vllle siècle, avec l’arrivée de population de Sparte et de Laconie qui fonde les villes de Gallipoli et de Tarente, centre alors le plus important des Pouilles. La population locale résiste aux influences helléniques. Pour preuve sa céramique à décoration géométrique avec des formes très particulières (les trozzelle), son culte des morts et également sa langue osque, malgré l’utilisation de l’alphabet grec. De nombreuses luttes opposent la population locale aux nouvelles citées de Tarente et de Gallipoli. (musée de Tarente : témoignages de la Grande Grèce).
Seule la domination romaine mot un terme aux tensions qui opposent les cités messapiennes (origine autochtone) à la colonie grecque de Tarente. Malgré l’aide de Pyrrhus, roi de l’Epire, la ville de Tarente doit céder, elle est en possession romaine dès 272 av JC. En 304, à la fin de la deuxième guerre samnite (Campanie), les Romains sont désormais entrés dans les Pouilles.
A partir de cette nouvelle appartenance, les habitants des Pouilles s’unissent et se latinisent. La région profite en particulier des richesses de l’Empire et partage son évolution. En particulier, le christianisme fait tôt son apparition soit dès le llle siècle.
A la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, la région reste stable grâce aux nombreux sièges religieux établis (les deux voies que sont l’Apienne et la Trajane / amphithéâtre de Lecce).

De la fin de l’époque romaine à la domination byzantine (IX s.)
C’est le début d’une longue période d’adversité durant laquelle s’affrontent des peuplades de Germanie et des Goths. La paix retrouvée grâce à la victoire byzantine (fin de la Guerre byzantino-gothique de 535 à 553) n’est que de courte durée. L’année 568 marque le début de l’invasion lombarde qui va faire perdre à l’Empire byzantin la plus grande partie de l’ltalie conquise les décennies précédentes. Les Lombards conquièrent presque l’ensemble du territoire des Pouilles. (590) Seule la partie extrême du Salento reste aux mains orientales, soit Gallipoli et Otrente. Les communications maritimes avec l’Orient sont alors presque totalement interrompues.
Terre de mélange, Les Pouilles voient l’arrivée des Sarrasins qui dès 827 atteignent les côtes de la Sicile. Au milieu du siècle ils s’installent à Tarente et à Bari. (Bari devient un émirat entre 847 et 871).

Domination byzantine (875-1071)
Bari est le grand centre byzantin en Occident jusqu’à l’arrivée du Normand Robert Guiscard en 1071.
L’administration byzantine rend à nouveau la région florissante pour les 2 siècles suivants. De nombreuses communautés s’y établissent, entre autres une importante présence juive. Terre de fusion culturelle artistique et religieuse romano-germano-byzantine, on y trouve un clergé pratiquant le rite latin protégé par Rome et un autre grec de pratique byzantine.
Les moines bénédictins fondent de nombreux couvents dans la région et des religieux de rite byzantin contribuent à la construction de grottes cénobites creusées à même le rocher, dont les parois sont décorées de fresques. Cette architecture en négatif - ces grottes, sont particulièrement nombreuses entre Tarente et Bari ; elles dénotent non seulement de la forte influence byzantine mais également de la réaction contre le pouvoir de Rome.

Domination normande (1071-1229) Au Xle siècle l’Italie du Sud byzantine et la Sicile sont dominées par les Normands. La prise de Bari en 1071 marque la fin de la domination byzantine en Italie. On assiste alors à la renaissance des cités côtières grâce aux relations maritimes qui s’établissent avec Venise, Amalfi, la côte dalmate et également les ports du Levant. Ce mouvement ne fait que s’accentuer les siècles suivant avec les Croisades dont la Pouille constitue le passage obligé.
Cette période culturellement très riche avec une réorganisation totale de la vie politique et religieuse voit la construction de grandes cathédrales romanes comme à Bari, Canosa, Siponto, Trani et au Mont Sant’Angelo. (certaines églises restent néanmoins dirigées par des archevêques de Byzance. Cf. Trani)

Domination souabe (1229-1282)
La période souabe, en particulier sous le règne de Frédéric Il (1220-1250) est l’âge d’or de la Pouille qui connaît un grand essor économique et artistique. L’activité de Frédéric II est particulièrement visible dans les protections des villes (Altamura où il regroupe sous les mêmes murs des populations latines, grecques et juives), et la construction de châteaux (Bari, Trani).
La cour de Frédéric II est pour quelques décennies un pôle d’attraction pour des ’artistes’ provenant de cultures diverses. Cette hétérogénéité est particulièrement féconde au Castel del Monte (lieu de réunion des constructeurs des Pouilles, des sciences mathématiques des Arabes et des Cisterciens, de l’art décoratif sarrasin et du savoir de sculpteurs gothiques). La production sculptée est également un domaine qui atteint un très haut niveau : (Musées) chapiteau, corniche, trône d’évêque et pupitre de chaire Siponto, Monte, Sant’Angelo, Canosa)

Domination angevine (1282-1442)
A l’arrivée des ducs d’Anjou, une petite colonie provençale s’y installe. Il reste quelques traces de sa présence dans certains dialectes. Mais les influences encore fortement byzantino-normandes démontrent d’une continuité d’avec la période précédente.

Période aragonaise (1442-1587)
Avec la domination des Aragonais (1442) la situation politique se dégrade. Les châteaux conservent les traces les plus visibles de cette domination partagée entre le goût du faste et la nécessité d’une défense efficace. La culture des Pouilles se tourne dès lors du côté de Naples et de l’Italie centrale.

Domination espagnole (1557-1707)
Durant la domination espagnole, le pays connaît les iniquités des latifundii, mais également la construction de palais renaissants, comme à Andrià, Ruvo, Spada. Quand au goût pictural, il est tourné vers Venise (Antonello da Messina est le seul artiste du Sud à connaître une carrière dans toute l’Italie actuelle et peut-être que ses nombreux voyages en particulier à Venise ont favorisé ces contacts. (toiles des Vivarini, Bellini, puis des maniéristes comme Tintoretto et Véronèse). Au XVlle siècle, la région compte beaucoup de familles proches de la cour napolitaine. Le goût va au caravagisme et également à son opposé beaucoup plus classicisant.
Bari tient un rôle mineur, tandis que l’art baroque explose à Lecce. Il y est tellement original que l’adjectif baroque ’leccese’ en devient nécessaire. C’est plus qu’un style, c’est un phénomène vaste qui touche la cité et tous les arts. Le coup d’envoi est donné par des évêques, dont Pappacoda, promoteur du complexe de la cathédrale et de l’êvêché, Mais les grands ordres issus de la Contre-Réforme tels que les Célestins et les Jésuites ne sont pas en reste. La bourgeoisie locale suit également le mouvement pour les grands palais de la ville.
C’est à cette époque que naît notamment le métier artisanal de la CARTAPESTA, littéralement le papier écrasé. Afin de façonner des décorations, personnages et masques destinés à l’ornementation religieuse principalement.

Parenthèse autrichienne (1701-1738)
La région passe aux mains des Autrichiens, sans qu’il n’y ait de conséquences importantes.

Bourbons d’Espagne (1738-1860)
Le trône du royaume de Naples et des Deux-Siciles passe aux Bourbons d’Espagne (sauf pendant la parenthèse française de l’époque napoléonienne, 1805-1815) jusqu’à l’expédition de Garibaldi et à l’unification italienne. Les villes connaissent un lent et nostalgique déclin. Seules quelques constructions lyriques prouvent la volonté de la bourgeoisie locale ( Bari, le Petruzzelli)

XXe siècle
En 1860, les poussées du Risorgimento mènent la population à voter à l’unanimité l’union avec l’Italie. La fin du XIXe siècle et le début du Xxe siècle sont marqués par un ‘méridionalisme’ mené par une élite culturelle d’économistes, de philosophes, de politiciens qui tentent d’affirmer l’identité de la région. L’époque fasciste connaît également de vaines tentatives pour faire de la région un pôle économique dans le cadre d’une politique d’expansion nationale. Mais il faut attendre 1950 et la réforme agraire pour que naisse la Regione Puglia. L’art suit aussi le mouvement général et dès la 2e Guerre mondiale, le centre est Naples (ou mieux encore Rome).

Catherine Schaller, historienne    2004

 

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