| lecture | Gros plans croisés sur le rôle du photographe |
| Article paru dans "La Liberté" du 19.10.2003 |
| L'église de Lourtier (VS), une des rares idées réalisées de Sartois. DR
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Gros plans croisés sur le
rôle du photographe Deux expositions · Les Archives de la construction moderne de l'EPFL proposent pour la première fois un regard sur la collection de photos d'architecture d'Alberto Sartoris. Dans le péristyle, Leo Fabrizio dévoile nos helvètes bunkers. Eliane Waeber Imstepf Les architectes avant-gardistes des années 20 ont fait documenter leurs réalisations par des photographes de la vieille école. Cela apparaît dans l'exposition que les Archives de la construction moderne consacrent à la collection d'Alberto Sartoris. Décédé en 1998, l'architecte italo-suisse a fait don à l'EPFL de plus de 8000 tirages originaux de photos d'architecture faites entre 1920 et 1950. 650 architectes des 5 continents avaient fait faire une documentation photographique de leurs constructions et les avaient envoyées à Alberto Sartoris. Elles étaient destinées aux ouvrages fondateurs qu'écrivait l'architecte sur le Mouvement moderne international. 1 Aujourd'hui, Antoine Baudin, commissaire de cette exposition, met en scène quelque 200 photos, choisies pour leurs qualités esthétiques et documentaires, mais aussi pour illustrer la rivalité occulte d'alors entre architectes et photographes. Pour les contemporains de Sartoris (né en 1901), le photographe n'a pas d'existence. Son travail est un «service» (c'est le mot utilisé) purement instrumental. Les concepts de l'avant-garde des années 20, «Neues Bauen» et «Neues Sehen» ne concernent pas le photographe. Rarement signées et alors de noms inconnus, les photos existent seulement en tant que moyens de promotion de l'architecture. De formats publiables, elles sont manifestement destinées à être lues dans des revues spécialisées et non pas exposées. L'exception catalane L'exposition lausannoise montre cependant comment quelques photographes ont pris leur indépendance. Le Corbusier a commencé à mentionner le nom de son photographe attitré, Lucien Hervé, mais auparavant les photos de Marius Gravot avaient déjà saisi les spatialités de ses constructions avec beaucoup de sensibilité personnelle. En Espagne c'est un peu différent car un seul photographe, Francisco Català-Roca, met en images toute l'architecture catalane et se fait un nom. Julius Shulman fait mieux encore, prétendant avoir créé à travers le médium de ses photos la nouvelle architecture californienne. A ce stade les deux arts sont en équilibre, chacun contribuant à la notoriété de l'autre. Un premier jalon Une telle exposition ouvre une voie encore peu explorée dans l'histoire de la photo. La collection d'Alberto Sartoris est devenue mythique mais elle n'est encore connue qu'à travers des livres spécialisés. Ce premier pas, Antoine Baudin le voulait aussi éclectique qu'esthétique. Outre cette thématique de la délicate collaboration entre architectes et photographes, l'exposition fait la part belle à des maisons individuelles du monde entier. Dans un tout autre domaine, elle donne une place aux constructions monumentales: celles des ingénieurs qui font des hangars, des stades où la griffe esthétique n'a plus rien à voir avec la fonction et aux bâtiments officiels où il s'agit pour l'architecte de répondre à une représentativité de commande. La publication qui accompagne cette première est presque un catalogue raisonné de la collection Sartoris. Nul doute que c'est là un jalon posé pour des études qui promettent sur ce qu'on a appelé le Mouvement moderne. EWI Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (TSOL: arrêt EPFL à 100 m) Bâtiment SG, niveau 1. Jusqu'au 16 novembre. Ma à di 10 h-18 h; je jusqu'à 20 h; entrée libre. Visites commentées: tous les jeudis à 19 h. Les éléments de l'architecture fonctionnelle. 1932-1941, 3 éditions progressivement augmentées. Encyclopédie de l'architecture nouvelle (1948-1957) Un architecte encyclopédiste Alberto Sartoris fut du petit nombre des avant-gardistes qui firent basculer le monde architectural, notamment par le Manifeste de La Sarraz en 1920. Il ne serait peut-être pas devenu aussi célèbre s'il avait pu construire, mais sa carrière fut un long parcours d'obstacles et c'est un bâtisseur brimé, un «architecte de papier», disait-il, qui est entré dans l'histoire comme enseignant et théoricien. Dès 1928, il sollicite, puis reçoit spontanément, une documentation d'architecture qu'il destine à ses ouvrages. L'exposition de l'EPFL fait aussi une place aux «dissidents» présents dans la collection de Sartoris à son corps défendant: comme Lászlo Moholy-Nagy dont les photos expérimentales s'affranchissent de toute subordination; ou Carlo Mollino qui avait la particularité d'être à la fois architecte et photographe. EWI |
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