| lecture | La Saline d'Arc-et-Senans de Claude-Nicolas Ledoux |
| tiré de "La signification dans l'architecture occidentale" | |
| Christian Norberg-Schulz |
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Saline d'Arc-et-Senans (Doubs), vue aérienne.
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| (./..)La première et certainement la plus fascinante ville idéale de
l'âge industriel est celle des Salines de Chaux à Arc-et-Senans près de Besançon dans
l'est de la France. En 1774, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) fut chargé d'un projet
global dont une partie fut construite entre 1775 et 1779. Le tracé qui recèle des
implications cosmiques est apparenté aux plans des villes idéales des périodes
antérieures. Ledoux lui-même en expliqua la forme circulaire de la façon suivante : «
pure comme celle que décrit le soleil dans sa course »; ( Voir Y.
Christ, Projets et divagations de Claude-Nicolas Ledoux (Paris, 1961), p. 44 ) par ailleurs, le tracé incorpore deux parcours principaux qui se croisent à
angle droit et qui définissent les points cardinaux. Mais son contenu fait que Chaux
diffère des villes idéales du passé. Celle-ci est conçue réellement comme une 'ville
sociale' où la fonction travail occupe le centre du plan symbolique. Deux longs
bâtiments pour la production du sel, disposés symétriquement de part et d'autre de la
maison du directeur, sont situés le long de l'axe trans- versal et font face au visiteur
qui entre à Chaux par l'entrée principale au sud. Ceux-ci sont entourés par un cercle
de maisons pour les ouvriers, avec jardins attenants (dont seule la partie sud fut
construite). Plus à l'extérieur, un deuxième cercle devait recevoir des bâtiments
disposés plus librement et destinés à des usages communs divers. Le caractère
général est celui d'une ville-jardin malgré la disposition essentiellement formelle.
Ledoux voulait symboliser un nouveau type d'accord entre l'homme et la nature obtenu
grâce au travail de l'homme. Il écrivit en effet : « ... c'est un peuple laborieux qui
développe et fait éclore tous les germes que la terre, dans son contact tacite avec les
humains a promis de féconder.» La présence d'une philosophie panthéiste fonctionnelle
sous-jacente au tracé de Chaux est attestée dans les divers 'édifices sociaux'
projetés par Ledoux. Au centre même, au-dessus de la maison du directeur, il construisit
un sanctuaire dédié à 'l'Etre Suprême', idée typique de l'âge
révolutionnaire."
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Maisons des ouvriers
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| Les édifices publics projetés à la périphérie devaient remplir toutes les fonctions imaginables : bourses, hôpital, marché, bains publics, maisons pour les marchands, artisans et artistes, une 'maison d'Union' réservée à la culture des valeurs morales, un 'temple de Mémoire' consacré à la gloire des femmes, des édifices pour l'éducation et les loisirs, et même un 'temple d'Amour' qui aurait dû avoir un phallus au centre du plan. Dans toutes ces constructions, Ledoux cherche à exprimer la fonction au moyen d'une architecture 'parlante'. Ainsi, par exemple, la maison du charron devait avoir des façades circulaires bien que la section montre une disposition intérieure plus conventionnelle. de pièces orthogonales.
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Dessin pour la maison du charron, élévation |
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Dessin pour la maison du charron, coupe |
| D'un intérêt particulier apparaîtra le cimetière, conçu comme une sphère de 80 mètres de diamètre, enterrée à moitié et entourée de catacombes. Selon Ledoux, la sphère devait symboliser l'éternité. Etant éclairée par une ouverture circulaire au sommet, elle incorporait également l'ancien concept de l'axis mundi qui conduit du royaume des morts jusqu'au ciel. A chacune de ces tâches de construction, Ledoux accorda la même attention architecturale; il disait ; « Le Grand appartient aux édifices de tout genre. » L'articulation formelle de Ledoux est basée sur l'emploi de formes stéréométriques simples et il affirmait : « Le cercle, le carré, voilà les lettres alphabétiques que les auteurs emploient dans la texture des meilleurs ouvrages. » Il utilisa d'une manière très caractéristique les membres classiques et l'ouvrage rustique interpénétrés sans, par cette utilisation, les faire déboucher sur l'expression d'un conflit. Les grandes dimensions et les formes essentiellement statiques concrétisent plutôt l'image d'une nouvelle sorte de synthèse, c'est-à-dire la réconciliation de l'homme et de la nature (...). En général, les oeuvres de Ledoux révèlent une tentative fascinante d'utiliser des caractères d'archétypes pour donner une signification à une multitude de tâches de construction nouvelles. Il pose ainsi un des problèmes fondamentaux de l'architecture moderne et peut véritablement être considéré comme un architecte révolutionnaire.
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Coupe du cimetière de la "ville sociale" de Chaux |
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Plan du cimetière
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| extraits de "La signification dans l'architecture occidentale" de Christian Norberg-Schulz, Pierre Mardaga éditeur 1977, ISBN 2-87009-077-3 | |
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