| lecture | La Saline d'Arc-et-Senans de Claude-Nicolas Ledoux |
| Ledoux, bâtisseur visionnaire | |
| article de Françoise Jaunin dans le "24 heures" du 3 juillet 1991 |
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La saline d'Arc-et-Senans (Doubs), comme une île en pleine campagne franc-comtoise.
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| En Franche-Comté toute proche, la Saline royale d'Arc-et-Senans a inauguré. dans l'enceinte même du chef-d'oeuvre de l'architecte des Lumières, son Musée Claude-Nicolas Ledoux L'impression est quasi surréaliste: vous arrivez par la petite route de campagne qui serpente tranquillement entre Dole et Besançon et voilà soudain que se dresse devant vous un portique à colonnes, colossal et tout blanc dans la lumière du matin. Mirage ? Décor de cinéma ? Non, mais haut lieu de l'architecture perdu au milieu de nulle part. Classé au patrimoine mondial, il reçoit chaque jour et toute l'année 400 visiteurs. Claude-Nicolas Ledoux est bien vengé de toutes ses avanies, lui qui manqua de peu la guillotine à la Révolution, qui mourut ruiné et oublié après avoir été l'architecte en vue de l'Ancien Régime et qui subit post mortem un long purgatoire, avant de devenir la révélation des fonctionnalistes du XXe siècle qui l'ont sacré héros du modernisme, la coqueluche des surréalistes qui ont vu en lui un poète visionnaire, et l'enfant chéri des années soixante qui en ont fait un socialiste utopique. Ledoux est surtout l'incarnation géniale des idées et des contradictions de son temps : Le souflle visionnaire et l'ambition morale qu'il leur apporte le placent parmi les grands utopistes de l'Histoire, qui, de Platon à Thomas More, Campanella ou Fourier, ont rêvé d'un monde nouveau à la mesure de leur projet global de société. Une île en pleine campagne Dans la carrière de Ledoux, Arc-et-Senans joue le rôle de laboratoire de ses idées esthétiques et sociales et de préfiguration à son rêve de « cité idéale ». Quand, sur commande royale de Louis XV, il est construit une saline entre les villages franc-comtois d'Arc et de Senans, il a mandat d'en faire un lieu bien gardé: « l'or blanc » est une denrée précieuse, qui, par la « gabelle », fournit à la Monarchie l'une de ses principales recettes fiscales. Mais Ledoux surenchérit sur le caractère fermé et coupé du reste du monde de sa manufacture. En forme de théâtre antique délimité par un mur d'enceinte, son village pré-industriel est comme une île en pleine campagne. Dans l'hémicycle qui agence avec une rigueur parfaite les ateliers et les logements des contremaîtres et des ouvriers, la maison du directeur joue, avec ses formidables colonnes frontales, le rôle de clé de voûte. Imprégné d'idées rousseauistes, frotté de mystique franc-maçonne, vénérateur de la grandeur romaine antique autant que du baroque dépouillé de l'Italien Palladio, Ledoux habille ses idées socialisantes d'une pompe néoclassique toute monarchique. Sur le calcaire clair, il sait en virtuose utiliser la lumière pour sculpter ses volumes austères et monumentaux. Un second souffle sur la Saline Terminée dix ans avant 1789, la Saline royale fonctionne pendant un siècle sans que jamais l'exploitation du sel n'y devienne rentable. Elle entre ensuite dans un long sommeil qui laisse la nature reprendre peu à peu ses droits sur la pierre. Quand son sauvetage est enfin décidé à la fin des années vingt, certains des bâtiments ne sont plus que majestueuses ruines mangées par la végétation. Tandis qu'on remet debout le chef-d'oeuvre de Ledoux, toutes sortes d'idées soit émises pour lui redonner vie: on parle d'en faire un haras; on envisage un centre de montgolfières; tel marchand de vin (on est au pays du vin d'Arbois) y installerait volontiers ses quartiers généraux... La création en 1972 de la Fondation Ledoux vient mettre fin aux tergiversations en en faisant un lieu de visite et un centre de congrès, où un programme d'expositions, de concerts et de spectacles apporte l'air du temps d'aujourd'hui. Le Centre international de réflexion sur le futur (en veilleuse depuis quelques années mais en train de retrouver un second souffle et le Centre international de l'architecte et de l'architecture y ont également trouvé un toit à leur mesure. Dans le cadre d'un programme éducatif, la Saline reçoit aussi chaque année en « classes de patrimoine » quelque trois mille enfants pour une à trois semaines de cours. Et, tout nouveau dans l'enceinte, l'atelier Lego accueille les petits Ledoux en herbe. En bleu-blanc-jaune et en briques de plastique, ils réinventent la Saline avec le même sérieux et la même part de rêve qu'y mettait leur illustre modèle.
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Dans le bâtiment de la Tonnellerie, le tout nouveau Musée Ledoux: une formidable encyclopédie de l'architecture des Lumières.
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| Encyclopédie en blanc Fin mai 1991, Arc-et-Senans a fait la fête à Ledoux pour marquer l'ouverture, dans sa belle maison de la Tonnellerie du Musée Ledoux. Voilà donc Ledoux chez lui. Dans le cadre original qu il a lui-même dessiné, sous la vénérable poutraison de l'édifice, une soixantaine de maquettes retracent sa carrière en deux versants: Ledoux construit (dont seul un cinquième est encore debout) et Ledoux rêvé, celui de la « cité idéale de Chaux » où l'architecte trace l'organigramme d'une société parfaite où tout n'est qu'ordre, travail et harmonie, en même temps qu'il dresse une manière d'encyclopédie architecturale où se lisent sa formidable invention formelle, son sens de la théâtralisation du paysage et son éclectisme qui puise à toutes les sources pour mieux nourrir son imaginaire. Les maquettes sont superbes (deux à trois mois de travail chacune), vertigineusement minutieuses dans le détail autant que magnifiquement lisibles dans l'ensemble. Le parti de la blancheur y rejoint l'abstraction et le rêve dont elles sont l'image en trois dimensions, ou rappellent des constructions aujourd'hui disparues, tels les fameux Propylées de Paris, qui devaient créer autour de la capitale une nouvelle enceinte fiscale. Projet particulièrement impopulaire à la veille de la Révolution. La plupart des temples, pavillons et autres rotondes que Ledoux avait édifiés furent rageusement détruits par les républicains. Seules les rotondes de la Villette et du parc Monceau, les pavillons de la place Denfert-Rochereau et les colonnes de la place des Nations sont encore debout. C'est après la Révolution et sa disgrâce que Ledoux est comme entré en utopie et qu'il a jeté les bases de son monde idéal. « On peut être vertueux ou vicieux comme le caillou rude ou poli, par le frottement de ce qui nous entoure », assure-t-il. Pour lui, c'est l'architecture qui, par ses formes et par les symboles dont elles sont porteuses, est toute désignée pour bâtir une société meilleure.Françoise Jaunin |
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| Projet pour la
maison des gardes agricoles de Maupertuis, projet vers 1785 |
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| Projet de l'atelier des cercles |
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