visite Athenaeum le vendredi 3 novembre 2000

exposition : "à la recherche de la cité idéale"

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Les cités de l'idéal

A Arc-et-Senans, une exposition sur l'utopie urbaine


A LA RECHERCHE DE LA CITÉ IDÉALE, Saline royale, 25610 Arc-et-Senans (Doubs). Catalogue édité par l'Institut Claude Nicolas Ledoux, 199 p., 250 F. Ouvert tous les jours, horaires variables selon les mois. Entrée : 37 F (adulte), 30 F (jeune), 15 F (de 6 à 15 ans). Rens. : 03-81-54-45-45. Accès par l'A 39, ou par TGV (arrêt : Mouchard).



ARC-ET-SENANS (Doubs) de notre envoyé spécial


Pour avoir eu un train de retard (ignorer que le TGV s'arrête à Mouchard, à deux heures et demie de Paris !), nous sommes arrivés à Arc-et-Senans par l'autoroute A 39 où, depuis 1998, l'aire du Jura s'emploie à reposer le voyageur par un vigoureux massage architectural. Ici ont été réalisés à peu près grandeur nature, et avec un tact relatif, plusieurs projets de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), génial architecte de la Saline royale d'Arc-et-Senans et figure tutélaire de l'utopie constructive au XVIIIe siècle, avec Boullée et Lequeu. On peut imaginer ce que donnerait en pierre le Pavillon des cercles, prouesse de 200 tonnes de béton. Les enfants sont ravis. Ils ne le seront pas moins à la Saline même, prestigieux centre de rencontres qui accueille avec un égal respect musiciens, colloques et montgolfières ainsi qu'un des plus beaux musées d'architecture du monde. On y présente soixante maquettes des réalisations construites et des rêves exprimés dans les gravures du bilan ante mortem de Ledoux : L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des moeurs et de la législation (1804).
C'est à peu près le thème aussi de la nouvelle exposition permanente, imaginée par Christian Marbach et Jean-Pierre Girardier dans la Maison du directeur, édifice central du simple complexe de la Saline. Evidemment on croise ou croit recroiser l'exposition organisée par la Bibliothèque nationale de France au printemps : « Utopie, la quête de la société idéale en occident ». Mais le seul point commun, en définitive, réside dans la difficulté qu'auront eue les commissaires à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre devant ce gâteau pantagruélique : Utopie...



UN CIRCUIT À SURPRISES


La BNF était immensément sérieuse, blindée de prêts mirifiques sans parvenir à ennuyer grâce à une muséographie inspirée de Dédale, architecte de la première utopie-galère, le fameux labyrinthe, et instigateur à ce titre du crash inaugural d'Icare. Dans la Maison du directeur, c'est l'inverse : les concepteurs ont fait appel à Richard Peduzzi pour réussir à créer un circuit à surprises qui ne trompe pas la symétrie idyllique de Ledoux, et qui permette de voyager dans l'espace sans se perdre ni se casser les ailes. Moins de raretés documentaires, plus d'inventions ludiques, de niches pour rêveurs...

lacustres 1p.JPG (12022 octets)


Quatre vastes maquettes ont été disposées dans le volume central du grand escalier, quatre mondes flottants qui sont autant d'exemples d'imagination urbaine surgis au cours du temps, et autant de manières, pour l'historien, d'en appréhender ensuite la vertu. La Cité lacustre, par exemple, n'a rien d'utopique puisqu'elle est la reconstitution d'un village néolithique du Jura. Mais si l'on suit le raisonnement local, la « nécessité d'utiliser au mieux les outils et les matériaux disponibles » serait le premier moteur d'une inventivité qui engendrera au XVIIIe siècle la ville de Versoix dans le pays de Gex, deuxième maquette, où devaient se réconcilier protestants et catholiques dans un même creuset voltairien. Une bonne intention sociale qui resta à l'état de voeu pieux, en rade près d'un port.

Versoix projet 1774p.JPG (11713 octets)


New Harmony (troisième maquette), ou la cité idéale selon George Owen (1825), parti pour l'Indiana avec huit cents bonnes âmes, tourna plus court encore, tant socialement qu'architecturalement. La maquette n'en est que plus singulière, qui pose le principe d'une ville symétrique et fermée, grandiose usine à vivre destinée à être plantée dans les choux.

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Symétrique aussi, mais ouverte à l'ennui d'une répétition infinie est la quatrième maquette : Une ville contemporaine de trois millions d'habitants, selon la vision laborieuse de Le Corbusier.

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La mise en scène du délire corbuséen, hélas trop connu, est un mal nécessaire : il explique l'extraordinaire vol plané que fait l'exposition, après un élégant périple culturel, pour passer de l'homme à l'animal. Une fourmilière a été transportée de la forêt voisine de Chaux, conviée à refaire sa vie dans une cage de verre. C'est l'exemple de l'insecte social dont « l'intelligence » émerveille, quand les mêmes structures, appliquées à l'homme, épouvantent. Pas question de trancher à Arc-et-Senans, ville idéale, qui, si Ledoux avait pu l'achever, aurait rapproché l'ouvrier de l'abeille diligente. Ou du termite carnassier ?

Frédéric Edelmann
Le Monde daté du mardi 22 août 2000


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