| lecture | Castel del Monte |
| extrait du livre "Gothique", Office du Livre, Fribourg | |
| texte de Hans H. Hofstätter |
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Castel del Monte
Le château de Castel del Monte couronne une colline qui descend de tous côtés en pente douce, et se distingue par la particularité de sa conception. L’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, qui l’édifia vers 1240, en fit un château de chasse. Plusieurs facteurs combinent cette création. L’extérieur, de profil sévère, doté d’arêtes vigoureuses, crée une autonomie entre l’édifice et son cadre ; en revanche, la cour intérieure est d’aspect beaucoup plus avenant. Cette opposition rappelle les contrastes existants dans les châteaux du désert construits au Vlle siècle, par les Omeyyades en Jordanie. On peut expliquer ce parallèle par la présence de savants et d’artistes musulmans que Frédéric II avait appelés à sa cour. Le seul accès au château est un portail de forme sobre, s’ouvrant entre deux pilastres qui soutiennent un simple fronton. Cet ascétisme témoigne du goût de l’empereur pour les traditions artistiques de l’Antiquité. Le portail de l’église cistercienne de Fossanova, lui aussi, comporte un fronton à l’antique, mais les chapiteaux accusent le passage de l’acanthe au crochet du Gothique primitif. Cette tendance à l’historicisme, qui se manifeste aussi dans la sculpture de l’époque, par exemple dans les œuvres de Niccolo Pisano, passe, à tort, pour une pré-Renaissance, ou pour une étape annonçant le tournant artistique de 1500 environ. Nous ne devons toutefois pas oublier que des reprises analogues de la tradition antique se sont produites durant tout le Moyen Age, tant dans les arts qu’en littérature et en philosophie. Car le Saint Empire était tenu pour l’héritier légitime de l’Empire romain, et les empereurs eux-mêmes se considéraient comme les successeurs, en ligne directe, des césars. Ces divers retours à l’Antiquité, qui n’eurent guère entre eux de points communs, doivent néanmoins être compris comme une volonté de renouer avec le passe classique, dans lequel on voit alors plus ou moins consciemment un modèle. La nef centrale des cathédrales s’inspirait elle-même de la rue bordée d’arcades de la Basse Antiquité – ainsi que nous l’avons vu dans le chapitre précédent. A Castel del Monte, ces composantes orientales et antiquisantes se combinent avec l’élément gothique, qui détermine en définitive l’aspect général. Le choix de l’octogone pour le plan de l’édifice est spécifique du Gothique au milieu du XIIIe siècle. C’est alors – et plus tard encore – que l’on se plaît à passer du plan carré ou circulaire à l’octogone dans des constructions telles que les tours et les chœurs, comme à la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau. A Castel del Monte, le corps de bâtiment octogonal entoure une cour intérieure à huit pans également. A chaque angle s’élève une tour en saillie, elle aussi octogonale, dont les créneaux permettent aux défenseurs d’assurer aisément la protection des courtines sur chacune des huit faces de l’édifice. La forme octogonale régit toute la construction. Cette forme prismatique, aux arêtes vives, créant une gradation de la lumière sur les surfaces, correspond pleinement à l’esprit gothique des cathédrales, dont Reims a fourni l’exemple type. Cependant rares sont les détails architectoniques d’inspiration gothique à Castel del Monte: on citera en particulier l’existence sur chaque mur extérieur d’une petite baie gothique d’où la vue s’étend sur le pays, et à l’intérieur, une loggia à arcades, finement moulurée, comparable au triforium des cathédrales, qui entoure la cour ; enfin, toutes les salles du château sont couvertes de voûtes à croisées d’ogives – probablement édifiées par des bâtisseurs cisterciens. |
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| Extrait du livre Gothique dans la collection "Architecture universelle", 1968 Office du livre Fribourg, texte par Hans H. Hofstätter, photos par René Bersier, Préface par Guy Desbarats |
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