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Thématique du Centre d'art et origine de cette notion
Les musées courants ne répondent pas suffisamment aux besoins des artistes d’aujourd’hui. Ils sont une sorte
de vitrine de l’art proclamé idéal, le "beau". Ceci ne date pas d’hier, depuis fort longtemps, certains artistes
se sont révoltés contre cette façon d’exposer l’art par la création de collectifs destinés à promouvoir et exposer
leurs œuvres, comme le
salon des refusés à Paris en
1863. Les Kunsthallen, centres d’art, découlent de
ces associations d’artistes. Les salons d’exposition du XIXème sont plus proches de "l’esprit Kunsthalle" que ne le sont la plupart
des musées que l’on connaît aujourd’hui, hormis le fait que les œuvres devaient passer par un jury
avant de pouvoir être exposées. En effet, à l’époque les Salons étaient destinés à exposer des œuvres
du moment certes, mais aussi à permettre à l’artiste de vendre ces toiles. Ces Salons étaient des
endroits où l’on faisait la critique des œuvres exposées, ils étaient un lieu d’échange et de discussion. Ils étaient certes élitistes, réservés aux personnalités mondaines et à un milieu bourgeois mais
n’en restaient pas moins un lieu où l’on pouvait s’exprimer, partager. Les critiques étaient retranscrites
dans la presse, l’art faisait son apparition dans la vie courante, il devenait public.
Les musées d’aujourd’hui ne jouent plus ce rôle, ils classent, cataloguent, répertorient et présentent leurs
collections. Collections qui ont été établies sur la base de ce qui a été déclaré comme "beau", comme étant
digne d’intérêt, ne laissant pas au visiteur la possibilité de choisir ce qui est intéressant selon sa vision.
De plus, l’appellation de
musée fait référence au passé, il est lieu de conservation, d’étude et d’histoire.
Vers les années 1960, les artistes cherchent à recréer les conditions de l’atelier en recherchant de vastes
espaces, de bonnes conditions de lumière, de grandes hauteurs de plafond, une architecture dépouillée. Les
expositions vont donc détourner des bâtiments de leur fonction première comme des usines en entrepôts désaffectés.
Les œuvres sont exposées, discutées et vendues.
"Nous sentons vaguement qu’il y a déperdition et que ce recueillement de vielles filles ce silence
de nécropole, ce respect de pygmées n’est pas le milieu vrai de l’art, que tant d’efforts, tant de joies et
de peines, tant de colères, tant de travaux n’étaient pas destinés à refléter un jour la lumière triste du musée du
Louvre.»
Maurice Merleau-Ponty La prose du monde, p102, Paris, Gallimard, 1969
Kunsthalle versus musée
Qu’est-ce qu’un centre d’art contemporain ?
Le centre d’art contemporain découle de la Kunsthalle, il fait son apparition plus tard
mais avec la même volonté de se démarquer du musée traditionnel. Au sens littéral une halle est
un vaste emplacement couvert où se tient un marché, en l’occurrence ici, le marché de l’art.
Un marché est un étalage, une présentation de produits dans le but de les vendre. La définition d’André Ducret
semble être assez explicite: "La Kunsthalle est un salon permanent qui autorise une diffusion directe
sans passer par la sanction de tel ou tel jury, sans attendre la tenue de telle ou telle manifestation
périodique. Des œuvres sont à la fois exposées, vendues et, surtout, discutées." La Kunsthalle
est donc un lieu où l’art est exposé et laissé à la libre interprétation de chacun.
La Kunsthalle est une réponse des artistes face aux musées recherchant à cataloguer l’art,
décider de ce qui est digne d’intérêt et de ce qui ne l’est pas. Les artistes vont chercher à briser
les jeux d’influence exercés par les soi-disant grands noms de l’art (conservateurs et critiques d’art)
en créant collectivement des lieux parallèles avec un public et une clientèle autre. C’est ainsi que l’on
va voir apparaître des lieux alternatifs dans d’anciennes usines et entrepôts. Le musée est conservateur,
collectionneur; il cherche à transmettre les œuvres qui lui semblent incontournables et en ce sens le musée
est passéiste. La Kunsthalle se tourne vers le présent, elle offre la possibilité aux artistes de s’exprimer
librement, laissant libre recours à leur imagination. La Kunsthalle est un laboratoire d’expérimentations
artistiques de toutes sortes, lui conférant un caractère de constante innovation. L’art ne cherche plus à plaire
mais à émouvoir, à créer un sentiment chez celui qui le regarde (de haine, de colère, de révolte, de joie).
L’art devient imprévisible, l’art devient surprise.
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Bibliographie
:
-
Asphyxiante culture
Jean
Dubuffet, éditions Jean-Jacques Pauvert, Evreux, 1968
- Building the New
Museum
Suzanne Stephens, Princeton Architectural Press, Princeton, 1986
- Extrait de la conférence de Denis Roy
Denis Roy, Musée d’art contemporain de Montréal, Montréal, 4 mars 1998
-
Faces no 26
André Ducret "Et où est l’art dans tout cela ?", 1992-1993
-
Kunstmuseum Liechtenstein
Editions Lars Müller, Bâle, 2000
- L’art contemporain, Que sais-je ?
Anne Cauquelin, Presse universitaires de France, Paris, réédition l992
- L’art d’aujourd’hui
E. Lucie-Smith, éditions Nathan, Paris, 1989
- Musées, Architectures
Luca Bassot Peressut, éditions Actes SUD/Motta, Milan, 1999
- New Museum Buildings
éditions Klell/Cotta, Francfort, 1985
- Philip Johnson
Peter Blake, éditions Birkhaüser, Bâle, 1996
- Positions anticulturelles
Jean Dubuffet, Galerie Beyeler, Bâle, 1965
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